{"no_reportage":"Un an au coeur d'un Centre d'accueil et d'Orientation","string_key":"Andia","created_at":"2017-11-21T10:54:59.000+01:00","updated_at":"2017-11-21T11:30:03.790+01:00","prem_photo":1088969437,"nb_photo":67,"rep_date":"2017-08-23","rep_titre":"Un an au coeur du Centre d'accueil et d'Orientation de Modane (73)","rep_texte":"Un CAO dans Les Alpes \r\n\r\nEn octobre 2016, Le Ministère de L’Intérieur entame l’évacuation de plus de 6000 personnes des campements de La «Jungle» de Calais. Ils sont conduits vers des Centres d’Accueil et d’Orientation répartis à travers le territoire français. Les CAO sont des structures d’hébergement temporaire mises en place à partir d’octobre 2015 afin d’offrir aux migrants un temps de répit, La possibilité de repenser leur projet migratoire, ainsi qu’un accompagnement dans les démarches de demande d’asile.\r\nBahram et Tillah viennent de la même région, à L’Est de L’Afghanistan, Le long de La frontière Pakistanaise. Ils ont fait le voyage ensemble, à travers les montagnes du Waziristan qui séparent les deux pays, puis l’Iran, la Turquie et l’Europe pour finalement arriver à Calais. Sur place ils rencontrent Nasir, originaire des environs de Kaboul. Dès lors ils restent ensemble. Au démantèlement de la Jungle, les autorités leur présentent une carte administrative de la France en leur demandant de choisir une ville pour les y acheminer et les accueillir. Conseillés par des amis, les trois Afghans pointent Lyon : une grande ville qui offre des opportunités. Une fois dans le car, c’est à Modane en Savoie qu’ils sont conduits parmi un cinquantaine de réfugiés : des compatriotes, mais aussi des Soudanais, des Ethiopiens et des Erythréens. Ils découvrent le paysage Alpin, ses masses de granit pointant droit vers le ciel jusqu’à 3600 mètres d’altitude et comprennent qu’ils sont loin de la destination promise. Ils ne savent pas où ils se trouvent et sont désorientés.\r\nLe centre qui les accueille dans cet environnement minéral est créé sur l’engagement conjoint des maires des communes limitrophes de Modane et Fourneaux. Il est installé dans des logements sociaux restés vacants depuis 2000 et répartis sur deux immeubles, un dans chaque commune. Bahram, Tillah et Nasir sont placés dans l’appartement n°10 situé à Modane, qu’ils partagent avec deux autres Afghans : Hamed et Zia. Tous restent méfiants vis-à-vis de l’équipe d’encadrement qui vient tout juste de prendre ses fonctions : Anne, Cindy, Morgane et Gérald.\r\nLe lancement du centre se fait dans l’improvisation et il faut plus d’un mois pour que la vie s’organise. L’approvisionnement en nourriture auprès de la Banque Alimentaire et des Restaurants du Cœur devient progressivement régulier. L’équipe emmène ses pensionnaires, éprouvés et physiquement meurtris par les mois passés dans la Jungle, à Chambéry pour qu’ils soient auscultés par un médecin. Ces trajets ajoutés aux randonnées en encadrées par des Modanais soucieux d’apporter leur aide, leur permettent de découvrir ce nouveau cadre de vie. Bahram et Tillah, qui étaient bergers, prennent rapidement leurs marques. Les lieux leurs sont familiers tant ces montagnes ressemblent à leurs montagnes d’Afghanistan. Au fil des jours ils reprennent des forces et les tensions s’apaisent.\r\nQuotidiennement Hamed, Nasir, accompagnés de Bahram et Tillah se rendent à pied à Fourneaux où se trouvent le bureau du CAO et la salle de réunion. 30 minutes leur suffisent. Ils suivent les cours de Français dispensés bénévolement par des habitants de Modane. L’apprentissage de la langue est difficile. Le Français diffère tellement du Dari (Perse) et du Pashtoune parlés en Afghanistan, à l’oral comme à l’écrit, il faut partir de zéro. À 22 ans, Hamed qui a séjourné et travaillé en Iran, en Angleterre et en Italie comprend l’Anglais ce qui aide aux échanges avec les bénévoles comme Dominique ou René. Il en va de même pour Bahram qui l’a appris en travaillant pour les troupes de l’armée américaine déployées dans sa province.\r\nAu bureau, l’équipe les aident à remplir leur dossier de demande d’asile. À tour de rôle ils retranscrivent en Pashtoune, leur récit qui détaille leur histoire personnelle ainsi que les motifs de leur départ. Ces récits sont ensuite traduits en Français afin de figurer dans le dossier aux côtés de documents officiels attestant de la véracité des faits énoncés. L’ensemble est adressé à l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, en région parisienne, pour une étude approfondie avant de convoquer les intéressés pour les auditionner et leur accorder, ou non, l’asile en France. Ces démarches s’étalent sur plusieurs mois et génèrent beaucoup d’anxiété parmi les demandeurs : Le plus difficile c’est l’attente. L’attente pour obtenir la convocation, puis l’attente du verdict de l’OFPRA. À l’issue de son audition face à l’officier de protection, au mois d’août 2017, Nasir est abattu. IL ne s’attendait pas à ce que ses propos soient inlassablement remis en question. Il a le sentiment d’avoir «mal fait». Bahram a 32 ans. Il n’a pas vu sa femme et ses enfants depuis plus de 3 ans. Conscient qu’avec ou sans la protection de la France le retour auprès des siens lui est impossible, il souhaite obtenir le statut de réfugié. Cela signifie pouvoir travailler et gagner assez d’argent pour retrouver pendant quelques semaines, sa famille au Pakistan voisin.\r\nLes démarches de demande d’asile, les cours de Français, les tensions liées à la promiscuité et l’absence de vie privée, donnent à la vie au CAO un rythme monotone dont il est difficile de s’extraire. Au delà de leurs prérogatives, Anne, Cindy et Gérald relayés par des habitants de la vallée, s’emploient à casser cette monotonie. Ils organisent des randonnées en montagne, des matchs de foot ou de basket, une découverte du ski. Ces moments d’évasion sont également l’occasion de se retrouver et de partager avec de nouvelles personnes : des Français.\r\nÀ la fin du mois de septembre 2017, Nasir, Bahram, Hamed et Zia, ont obtenu La protection subsidiaire française, renouvelable chaque année. Hamed a trouvé un emploi loin des Alpes, dans l’Ouest de la France. Nasir et Bahram souhaitent poursuivent à Modane.\r\nTillah attend depuis le printemps dernier la réponse de L’OFPRA.\r\nLa mission du CAO de Modane-Fourneaux est prolongée jusqu’en septembre 2018.\r\n","signatur":"© Bouchet / Alpaca / Andia","ids":[1088969437,1088969438,1088969439,1088969440,1088969441,1088969442,1088969443,1088969444,1088969446,1088969445,1088969447,1088969448,1088969449,1088969450,1088969451,1088969452,1088969453,1088969454,1088969537,1088969558,1088969561,1088969562,1088969560,1088969569,1088969573,1088969574,1088969576,1088969577,1088969578,1088969579,1088969580,1088969581,1088969582,1088969583,1088969584,1088969585,1088969603,1088969699,1088969740,1088969768,1088969774,1088969786,1088969795,1088969799,1088969802,1088969806,1088969810,1088969815,1088969821,1088969825,1088969897,1088969906,1088969927,1088969936,1088969948,1088969953,1088969965,1088969972,1088969977,1088969979,1088969981,1088969982,1088969984,1088969986,1088969988,1088969989,1088969990]}