{"no_reportage":"keler_6683381","string_key":"MYOParchive","created_at":"2024-03-25T15:15:32.425+01:00","updated_at":"2024-03-25T15:15:33.001+01:00","prem_photo":1175480904,"nb_photo":36,"rep_date":"2019-05-15","rep_titre":"Sugar Girls - Inde","rep_texte":"Mai 2019, en Inde, l’heure est au scandale tandis que des activistes de l’état du Maharashtra révèlent des faits alar- mants: chaque année, des milliers de femmes, toutes coupeuses de canne à sucre, sont victimes d’hysterecto- mies (ablation totale de l’utérus) pratiquées sous la contrainte.\r\n\r\nCette pratique a été mise en place voilà plusieurs dizaines d’années par des médecins du secteur médical privé afin de générer du profit. Lorsque consultés pour des problèmes de santé bénins, ces praticiens forcent leurs pa- tientes à croire qu’une hystérectomie leur est nécéssaire, abusant de leur manque de connaissance vis à vis de leur propre corps, et pratiquent ainsi ces opérations à la chaîne, en toute impunité.\r\n\r\nPuisqu’opérant dans des cliniques privées, ils fixent alors librement le prix de l’opération qui peut atteindre $700 - une véritable fortune pour ces femmes précaires.\r\n\r\nEt si ces travailleuses agricoles sont les cibles favorisées de cette combine, c’est à cause de la nature même de leur travail issu de l’économie informelle du pays et donc encadré d’aucune régulation, contrôlé par aucun syndicat et ne leur permettant de jouir d’aucune sécurité sociale.\r\nLe travail est par ailleurs particulièrement éprouvant physiquement, favorisant les problèmes de santé qui poussent les femmes entre les mains de ces médecins malveillants.\r\n\r\nMais le calvaire de ces femmes ne s’arrête pas là puisque de nombreux employeurs des plantations de canne à sucre - les « mukadams » - n'hésitent pas à encourager cette pratique dans l'optique de faire disparaître leurs mens- truations et ainsi accroître leur productivité dans les champs.\r\n\r\nCette pratique s’ancre profondément dans la dynamique de la privatisation de l’économie indienne, en recherche accrue de profit. Si jusqu’aux années 70 l’avortement représentait ainsi l’opération la plus lucrative pour ces médecins, la démocratisation des méthodes contraceptives et de la stérilisation les a poussé à chercher une nouvelle manière de capitaliser: c’est ainsi que que la pratique des hystérectomies abusives s’est répandue.\r\n\r\nEn réaction à ces révélations, un Comité d’état a été créé par le gouvernement Indien en Juin 2019, avec pour mission d’enquêter sur cette pratique dans le district de Beed (Maharashtra). Ce district n’est autre que le berceau de la main d'oeuvre des plantations de cannes à sucre du pays en raison de l’extrême pauvreté touchant ses habitants: désespérés, ils n’ont pas d'autre choix que de se tourner vers le travail de coupeur de cannes malgré les conditions de travail particulièrement précaires. Cependant, seules des recommandations ont été émises jusqu’à présent par le Comité d’état, tandis que l’implémentation de régulations concrètes et de sanctions continue de se faire at- tendre. Tandis que les activistes pointent du doigt le lobby du secteur médical privé, le gouvernement indien semble regarder ailleurs, ne présageant que très peu de changement pour ces femmes dont le corps est ba- foué au nom du profit.","signatur":"© Chloé Sharrock/MYOP","visible":true,"ids":[1175480904,1175480911,1175480914,1175480915,1175480922,1175480923,1175480939,1175480947,1175480974,1175480977,1175480978,1175480980,1175480983,1175480986,1175480994,1175480863,1175480864,1175480865,1175480866,1175480871,1175480872,1175480877,1175480878,1175480881,1175480882,1175480883,1175480885,1175480886,1175480887,1175480891,1175480892,1175480894,1175480897,1175480898,1175480902,1175480846]}